Madame Hemingway / Paula Mc Lain (2011)

hemingway

Titre original : The Paris Wife

Proposé en partenariat avec le Livre de Poche, j’ai accepté ce roman sur la seule foi de son titre ! Dès qu’on me parle de littérature, je ne peux que sauter sur l’occasion … Et cette fois-ci, j’ai eu bien raison !

Ernest Hemingway est pour moi à la fois connu et méconnu : connu car j’ai dévoré plusieurs de ses romans (Le Vieil Homme et la Mer, L’Adieu aux armes, Pour qui sonne le glas) qui furent de belles découvertes à l’époque; mais méconnu car je ne me suis jamais intéressée à sa vie. Je savais seulement qu’il avait passé du temps à Paris, côtoyant Joyce et d’autres Américains autour de la librairie de Sylvia Beach, Shakespeare and Co.

Dans cet épais roman, Paula Mc Lain nous propose une partie de son histoire, à travers sa relation avec sa première femme, Hadley Richardson, tout droit débarquée du Missouri. C’est à Chicago que les futurs amoureux se rencontrent, et c’est à Chicago qu’ils tombent sous leur charme mutuel. Hadley, intelligente, solide; et Ernest, jeune homme de 20 ans blessé et traumatisé de la Grande Guerre.

« Qu’avez-vous l’intention de faire ? – Entrer dans l’histoire de la littérature je présume ».

« Je n’avais jamais rencontré quelqu’un d’aussi vibrant et plein de vie. C’était de la lumière en mouvement. Il n’arrêtait pas de bouger – ou de penser, ou de rêver, semblait-il. »

Le mariage sera très vite décidé et rapidement ils embarquent pour la France. Direction : Paris, capitale de la littérature et QG de la « génération perdue » où ils retrouveront Ezra Pound, Gertrude Stein, James Joyce, Fitzgerald.

« Il goûtait à tout ce que cette ville lui offrait, aimait la parcourir, surtout la nuit, passant la tête dans les cafés pour voir qui s’y trouvait ou pas. Il était reconnaissable partout avec ses longs cheveux indisciplinés, ses chaussures de tennis et sa veste rapiécée, la quintessence de l’écrivain rive gauche. »

Nous les suivons donc sur la piste de leur aventure littéraire, au gré des déconvenues d’Hemingway qui subit échec sur échec; mais aussi de leur aventure intime, au sein de ce couple exceptionnel, constamment désargenté mais qui résiste à l’adversité malgré tout. Jusqu’à ce que la réputation de coureur de jupons d’Ernest se confirme et qu’il contribue à la destruction du ménage, après 5 ans de vie commune, bon gré mal gré.

« Personne, en réalité, ne semblait pouvoir retenir quiconque. C’était l’époque qui voulait ça. Nous étions en train de nous libérer pour vivre à fond une jeunesse pleine de promesses et d’airs de jazz. »

Côtoyer un écrivain torturé tel qu’Hemingway n’est pas de tout repos. Tout le long du roman, j’ai admiré Hadley qui tente d’avoir une vie familiale normale, mais sacrifie un certain nombre de ses rêves à ceux de son mari, attachant mais envahissant : vivre avec un artiste n’est effectivement pas toujours une sinécure …

Entre Paris, la Côte d’Azur, la Suisse, le Canada, le couple Hemingway est animé par une plume solide et une narration intéressante par Hadley elle-même, entrecoupée de monologues intérieurs attribués à Ernest. Au fur et à mesure, c’est une analyse de l’écriture d’Hemingway qui se dessine. Ainsi lorsqu’on lui conseille : « Éliminez tout ce qui est superflu […] Méfiez-vous des abstractions. Ne dites pas au lecteur ce qu’il doit penser. Il faut que l’action parle d’elle-même. » Pour moi, c’est l’essence même de l’écriture américaine de l’après-guerre, celle de Fitzgerald et compagnie.

Mais dans ces premières années littéraires d’Hemingway, nous n’assistons finalement qu’à la naissance de Le Soleil se lève aussi, son premier succès, inspiré de leurs fréquents voyages en Espagne pour assister aux corridas.

En bref, un roman très bien documenté, vivant, qui fait écho au texte rédigé par Hemingway lui-même, Paris est une fête, et qui raconte toutes ces années (publié de manière posthume en 1964). Ce roman est donc à lire, tout comme Le Soleil se lève aussi pour compléter cette biographie romancée.

Une lecture très enrichissante !

Ernest et Hadley

Hadley, Bumby et Ernest en 1926

13 commentaires

  1. J’ai trouvé Hadley très soumise, presque XIXème siècle et heureusement qu’elle a été là pour le « mettre sur les rails » … Je n’en dis pas plus, j’ai mon billet à finir ! 😀 J’ai beaucoup aimé !!!

  2. Je voudrais savoir, n’ayant lu que le vieil homme et la mer d’Hemingway et ayant lu Madame Hemingway, j’avoue que ca m’a un peu rebutee sur Hemingway lui meme. Alors oui, je suis d’accord avec Asphodele, Hadley est soumise mais tout le comportement d’Hemingway vis a vis de sa femme, sa maniere de rejeter certains amis, de vouloir sans arret etre conforte dans son talent, …
    Pendant la premiere partie de ce livre, je n’ai pas cesse de me dire « il faut que j’en lise plus d’Hemingway » mais apres avoir termine le livre…
    Je ne veux pas vendre la meche a ceux qui ne connaissent pas ce qui s’est passe.
    Voyez vous ou je veux en venir sans avoir a reveler les evenements et est ce que vous avez ressenti la meme chose??

  3. Ce billet me rassure. En effet, je n’ai jamais lu Hemingway, il ne m’a jamais vraiment attirée et la prochaine séance d’un de mes clubs de lecture lui est consacrée, avec la lecture de « Madame Hemingway » ; « Paris est une fête » et « Le Soleil se lève aussi ». Je ne sais pas très bien par quoi commencer. Par l’ouvrage de Paula McLain ou par les textes d’Hemingway ?

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