Tendre est la nuit / F. S. Fitzgerald (1933)

fitzgerald

Après avoir lu Madame Hemingway de Paula Mc Lain, j’ai eu envie de lire un auteur de la lost génération. Je n’avais pas d’Hemingway dans ma PAL, donc je me suis « rabattue » sur Fitzgerald, qui l’a côtoyé ! C’est d’ailleurs grâce au roman biographique que je viens de citer que j’ai pu mieux apprécier ce texte, et sa partie autobiographique surtout.

Le titre du roman est tiré d’un vers dOde à un rossignol (Ode to a Nightingale), de John Keats, et fait allusion à la volonté d’échapper à l’éphémère qui obsède ses personnages.

« (…) Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.(…) »

Tendre est la nuit raconte la rencontre entre un psychothérapeute, Dick, et une jeune femme fragile qui se remet de troubles mentaux importants, Nicole. Un couple que nous découvrons à travers les yeux d’une jeune actrice, sensible au charme terriblement masculin, de Dick. La première partie nous fait donc découvrir le couple de l’extérieur.

« Être admis, pendant un moment, dans l’univers de Dick Diver était, de toute façon, une expérience inoubliable. Il donnait aux gens l’impression d’avoir pour eux des attentions particulières, de déceler, sous l’amas des compromissions qui l’avaient étouffée depuis tant d’années, ce que leur vie pouvait avoir d’unique et d’incomparable. Personne ne résistait longtemps à son exquise politesse, aux égards qu’il poussait si loin, et de façon si intuitive, qu’on ne pouvait les mesurer qu’aux résultats qu’il obtenait. Alors, sans autre précaution, de peur de laisser faner des relations à peine écloses, il vous ouvrait les portes de son univers. Tant que vous le considériez comme un tout parfait, auquel rien ne manquait, que vous y adhériez sans réserve, il ne travaillait qu’à vous rendre heureux. Mais, au premier soupçon, à la première lueur de doute, qui paraissait remettre en jeu l’intégralité de cet univers, il disparaissait à vos yeux, et c’est à peine si l’on se souvenait de ce qu’il avait bien pu dire ou faire. »

Mais derrière l’apparat et l’union de ce couple, se cache une réalité tout autre … La deuxième partie du roman éclaire la première en reprenant l’histoire de Nicole et de Dick, par la bouche même de ce dernier. Si Dick nous paraît donc un dieu inaccessible au début, il devient vite familier et l’on comprend rapidement la générosité mais aussi la fragilité de cet homme qui a épousé une femme quelque peu … difficile.

« Le couple qu’elle formait avec Dick lui apparaissait désormais comme une ombre, imprécise et changeante, entraînée dans une sorte de danse macabre. »

Le talent de Fitzgerald n’est pas tant de raconter une histoire – même si c’est une belle histoire d’amour, bien triste – mais de reproduire une atmosphère, celle de l’excès, de l’argent, mêlés à la création et au génie dans la France des années 1920. Entre Paris, la Suisse et la Riviera, le roman nous donne un aperçu de la vie de cette génération perdue, génération d’écrivains errant à travers l’Europe en cherchant l’inspiration et l’oubli. L’inspiration pour leurs œuvres, et l’oubli des atrocités de la Grande Guerre.

Roman splendide, je pense que je l’ai même préféré à Gatsby le Magnifique. Peut-être aussi car on ne peut qu’être frappé par la partie autobiographique, même si Dick est un médecin et que les caractéristiques physiques des personnages et leur vie ont fait penser à un couple de riches Américains, Gerald et Sara Murphy auprès desquels gravitaient les Fitzgerald, les Hemingway et tant d’autres … Ce qui est intéressant, c’est que l’on sent bien que Fitzgerald fait de Dick un être sensible et une victime : victime de son amour, de ses sentiments, de sa faiblesse qui l’ont mis sous la coupe de la famille de Nicole …

Or, une des causes de la rupture entre Fitzgerald et sa femme Zelda fut qu’elle écrivit son propre roman autobiographique, Accordez-moi cette valse, avec les mêmes éléments que dans Tendre est la nuit … Ce qui m’inciterait à le lire, pour avoir une autre version … 🙂

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22 commentaires

  1. Quand Zelda a lu la deuxième partie de Tendre est la nuit et qu’elle a compris que Fitz s’était servi d’elle, elle a (pété un câble) écrit son roman en 3 semaines mais il a été « épuré » , expurgé serait plus juste de l’essentiel… Il reste une lecture intéressante mais le style de Zelda est…euh…spécial !!! 🙂 Je peux te le prêter si tu veux ? Tu me dis…

    1. Effectivement c’est l’écho que j’en ai, que celui de Zelda est moins bon, moins bien écrit …
      Mais j’essayerai quand même ! Merci de ta proposition mais je suis sous contrat draconien avec Lili : pas de prêt .. .
      Je le trouverai à l’occasion !

      Bizz ! 🙂

  2. Il est dans ma PAL ! J’avais adoré Gatsby le magnifique, et si tu as davantage aimé Tendre est la nuit, ça me donne vraiment envie de l’en sortir. Mais le temps, satané temps, pfff….

  3. C’est amusant de te lire parce que comme toi j’ai eu très envie de découvrir ces auteurs une fois que j’ai eu lu mac lain, alors qu’avant pas du tout. J’aime ces rendus d’ambiances et de personnages : je le note pour aller le chercher demain !

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