Honorer la fureur / R. Barry (2019)

Honorer la fureur, de l’auteur français Rodolphe Barry, retrace une partie de la vie de l’écrivain américain James Agee, dont je n’avais jamais entendu parler avant, mais qui fut célèbre entre les années 1940 et 1950, comme journaliste, critique de cinéma et jusqu’au prix Pulitzer qu’il reçut à titre posthume pour son autobiographie Un mort dans la famille.

James ne se sent pas bien dans sa vie étriquée au sein d’un bureau new-yorkais. Alors qu’il en est au point de bascule de sa vie, pas loin de craquer, il est envoyé dans le Sud des Etats-Unis pour enquêter sur la vie des métayers en Alabama. Cette expérience va changer sa vie, et être à la naissance d’un roman qui fut un échec alors, Louons maintenant les grands hommes, livre inclassable, plein de fureur et de colère, très bien illustré des photographies de son co-auteur, Walker Evans ; aujourd’hui reconnu comme une immense œuvre journalistique et littéraire.

« Aussitôt et plus encore chaque jour passant, James est sidéré par ce qu’il découvre. Jamais il n’a vu d’hommes travailler aussi dur, aussi longtemps, aussi dignement. Jamais il n’a vu endurer pareilles conditions de vie. Chaque soir, il lit sur les visages hagards la trace de cet épuisement qu’on éprouve après avoir vécu ou assisté à un drame. Ici, la terre est sans ombre. La calamité est quotidienne. Face à cette pauvreté au-delà de la pauvreté, il comprend que son défi, à la mesure de son indignation, sera de maintenir vivante la mémoire de ces déshérités.« 

.C’est d’abord le titre de ce roman qui m’a attiré : Honorer la fureur est un titre puissant et accrocheur, qui est résume d’ailleurs parfaitement la fureur de vivre du personnage principal qui, tout au long de sa vie, ne va cesser de la brûler par les deux bouts, multipliant l’alcool, les femmes et autres joyeusetés, en alternance avec des périodes d’intense écriture. Personnalité décalée, esprit écorché vif, Rodolphe Barry retrace la vie de cet écrivain torturé, persuadé de son génie mais se heurtant à l’incompréhension du monde entier. Les passages les plus intéressants, d’après moi, sont ceux où il vit le quotidien des métayers et où il change en partie sa vision du monde en trouvant une cause à défendre dans la brume qu’est sa vie. Éternellement incompris il écrit des articles et des scénarios qui sont sans cesse refusés car trop brutaux, trop furieux ou trop incompréhensibles pour la sage Amérique d’alors. Jusqu’à ce qu’il connaisse une sorte de consécration en écrivant les scénarios de La nuit du chasseur, de Charles Laughton, et de L’Odyssée de l’African Queen, de John Huston, deux films désormais cultes.
Marié trop fois, avec des phases de passion suivies de déceptions et invariablement d’adultère, James Agee finira par se détruire à force de coup d’alcool, d’excès et de travail.

C’est donc un personnage intéressant dont Rodolphe Barry retrace la vie avec une belle écriture et un rythme narratif prenant. Si l’on accroche pas forcément à cette vie d’excès, d’abandon et de furie, on ne peut que reconnaître cette ode de belle qualité à la création littéraire.

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