Le cœur converti / S. Hertmans (2018)

Dans la France médiévale du XIe siècle, une femme et un homme tombent amoureux : David est juif, Vigdis est chrétienne. A l’occasion d’une formation religieuse à Rouen pour David, leurs destins vont se croiser et être bouleversés à jamais. Vigdis se convertit par amour et suit David dans le Sud de la France. Poursuivi par la famille de la jeune fille, le couple se réfugie dans un petit village du Vaucluse et y vit quelques années d’insouciance … Mais les premières croisades vont bientôt passer par là et leur monde va définitivement changer.

Tout d’abord ce fut un véritable plaisir de découvrir ce roman historique passionnant qui m’a plongé pour la première fois depuis longtemps dans le Moyen-Age profond. On sent que l’auteur s’y connaît et veut nous faire partager sa passion et sa recherche minutieuse sur ce couple, enfin aussi minutieuse qu’il est possible pour une histoire datant de 1000 ans. Néanmoins les preuves existent, et le romanesque comble les trous manquants, pour notre plus grand plaisir. Car en plus d’être un roman très bien documenté historiquement, Le cœur converti est un très bon roman : il faut dire que l’Histoire a souvent tous les ingrédients nécessaires pour cela. De l’action et du sang avec les croisades, de l’amour, une bataille religieuse, des enfants enlevés, une mère désespérée, etc.

Le destin de Vigdis / Sarah est particulièrement poignant, par sa position délicate de convertie, qui fait qu’elle ne sera jamais intégrée complètement à sa nouvelle religion, et totalement rejetée par son ancienne. Stefan Hertmans nous fait vivre ses doutes, ses déchirements, ses choix douloureux, mais aussi ses bonheurs.

« Ses conversations avec le jeune intellectuel juif lui font peu à peu prendre conscience qu’il existe une alternative religieuse à l’agitation et à la violence du monde chrétien. Ce changement de perspective considérable perturbe son équilibre et la fascine. Elle entrevoit un autre monde, une autre histoire qui ne commence pas par un martyre et une crucifixion. Une notion du temps qui n’est pas hantée par des croyances comme l’Apocalypse et par la crainte du millénaire, le retour de la Bête redoutée, l’enfer et le diable, le tourment et la chute, mais qui correspond à une ère bien plus ancienne commençant par un acte créateur, le début de la vie même : le moment où Yahvé a conçu le monde. Cette pensée l’apaise, il n’y a plus de rupture dans l’histoire. » Pourtant la vérité se fait peu à peu en elle … « Elle va prier le matin dans la petite chapelle et demande au dieu des Chrétiens de lui pardonner d’appartenir à présent au dieu juif. Mais elle sait qu’elle implore toujours le même dieu: cette voix désespérée, secrète, au plus profond d’elle- même. »
Sans céder à la tentation de trancher entre l’une ou l’autre religion, l’auteur expose des faits et des cas de conscience qui déchirent encore le monde d’aujourd’hui, élevant son roman à l’universel.

Par ailleurs, il ne cède pas non plus à la tentation de faire de David et Sarah un couple moderne, il retrace ce qui est possiblement la relation d’une femme et d’un homme certes amoureux mais qui vivent dans leur temps, avec la femme dédiée aux taches domestiques et à l’éducation des enfants, et l’homme aux taches intellectuelles ou travaux de force. Ils sont plutôt un « type » de personnes que l’on pouvait croiser à cette époque, aux côtés des chevaliers croisés, des religieux ou de commerçants.

En parallèle, à travers leur histoire et leurs pérégrinations, de Rouen à Narbonne puis du Sud de la France à l’Egypte, l’auteur nous fait vivre un moment clé dans l’histoire de France, avec l’invention du concept de croisade, qui s’inscrit dans un contexte historique, sociologique et religieux qu’il nous fait toucher du doigt sans alourdir la narration.

Enfin le récit est encore enrichi par la narration parallèle des voyages de l’auteur lui-même, qui habite dans le petit village de Monieux où le couple s’est réfugié pendant plusieurs années. C’est cette proximité qui l’a incité à s’intéresser à leur histoire, jusqu’à sa découverte finale qui m’a aussi profondément ému que lui. Ses déplacements, au cours desquels il essaie d’imaginer les trajets des deux amoureux, dessinent avec efficacité une carte de la France moyenâgeuse. Il nous introduit ainsi au difficile travail de l’historien travaillant avec peu de matière, tout en gardant sa liberté de romancier quand nécessaire.

Au final, c’est un roman d’une très belle qualité à la fois historique et romanesque, que j’ai pris plaisir à lire et que je conseille à tous les amoureux d’histoire, de voyages et de paysages méditerranéens !

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