Quelques bons romans québecois !

Drapeau québécois

Je continue ma découverte de la littérature québécoise et j’ai eu envie de vous faire un article commun à propos des derniers que j’ai lu et qui m’ont marqué. J’ai choisi de vous les présenter par ordre chronologique car ça a son importance !

Maria Chapdelaine / Louis Hémon (1913)

Un de premiers romans modernes québécois, ce beau texte a pourtant connu une mauvaise presse : incitant les colons canadiens à rester attachés à leurs terres plutôt qu’à vivre une vie aventureuse en ville, il a été longtemps qualifié de simple « roman de la terre ». Mais on peut y voir bien plus …

Véritable fresque du début du XXe siècle québécois (qui n’a rien à envier au début du siècle des campagnes françaises), il nous fait vivre les terribles saisons canadiennes, qui font aller et venir les hommes sur le territoire, et les amours avec eux …
Louis Hémon nous raconte l’histoire de Maria, tiraillée entre trois hommes : l’un lui ouvre les portes de la modernité en lui proposant de l’emmener à la ville ; un autre lui propose la liberté avec une vie nomade exaltante ; le dernier est son voisin et ne peut que lui offrir la vie qu’elle connaît déjà entre travail de la terre et tâches ménagères.
C’est cette thématique qui donne au roman une autre dimension : on peut en effet le voir comme un roman prônant l’attachement à la terre, mais aussi simplement comme le choix de vie d’une femme, oscillant entre liberté et tradition, offrant ainsi un questionnement universel dans lequel on peut encore se reconnaître.
Pour preuve, le texte a été traduit dans plus de 25 langues et a été adapté plusieurs fois au cinéma, s’inscrivant ainsi dans le panthéon de la littérature québécoise du XXe siècle.

Il lui semble que quelqu’un lui a chuchoté longtemps que le monde et la vie étaient des choses grises. La routine du travail journalier, coupée de plaisirs incomplets et passagers; les années qui s’écoulent, monotones, la rencontre d’un jeune homme tout pareil aux autres, dont la cour patiente et gaie finit par attendrir; le mariage, et puis une longue suite d’années presque semblables aux précédentes, dans une autre maison. C’est comme cela qu’on vit, a dit la voix. Ce n’est pas bien terrible et en tout cas il faut s’y soumettre; mais c’est uni, terne et froid comme un champ à l’automne.

***
La grosse femme d’à côté est enceinte / Michel Tremblay (1978)

Premier tome des Chroniques du Plateau-Royal, La grosse femme d’à côté est enceinte dépeint quant à lui la grouillante vie montréalaise du milieu du siècle.
Comment échapper à Michel Tremblay lorsque l’on veut découvrir la littérature québécoise ? J’ai longtemps résisté et je me suis finalement inclinée : j’ai lu Michel Tremblay. J’ai plongé dans son monde. J’ai aimé.

A travers la description d’une seule journée, le 2 mai 1942, l’auteur québécois par excellence nous plonge dans la vie d’une famille comme il y en a des milliers à Montréal ou dans les autres villes québécoises : parents, enfants et grands-parents sont pauvres, violents, entassés les uns sur les autres, parlant un langage plus proche d’un patois que de la langue française, et pourtant terriblement vivants, enthousiasmants, passionnés et aimants ! Et que dire des animaux, du beau chat Duplessis, ou encore des mystérieuses vieilles tricoteuses que personne ne peut voir ? Pétillant et fou, ce roman est incroyable. Tabernacle, on en redemande (et ça tombe bien car il y a 6 tomes !)

Y’a rien qui est assez important pour remplacer le seul show gratis que le bon Dieu nous a donné. Si t’as des problèmes au coucher du soleil, laisse-les tomber pis va te pâmer devant l’orgie de couleurs que ton créateur se paye tou’es soirs, ça console, ça lave, ça purifie.

***
Les fous de Bassan / Anne Hébert (1982) Prix Fémina

Le dernier soir de l’été 1936, deux cousines adolescentes disparaissent. Que leur est-il arrivé ? En mélangeant les voix de leur oncle, cousins, pères et mères, ainsi que les voix des adolescentes disparues, Anne Hébert trace le portrait d’un village sclérosé, qui a préféré fermer les yeux que de voir l’impensable, une série de faits troublants dont la conclusion est la mort de deux jeunes filles, victimes de leur naïveté mais aussi de leur statut de femmes dans une société d’hommes.
On ne peut rester insensible à une telle ambiance, un tel engrenage, qu’Anne Hébert retrace magistralement dans ce roman qui se passe au Québec mais qui atteint l’universel. Roman aux accents faulknériens (surtout par la voix d’un des cousins, simplet et pourtant peut-être le plus clairvoyant de tous) porté par une plume majestueuse comme les fous de Bassan, dont il tire son nom.

Dans toute histoire il faudrait tenir compte du vent., de la présence du vents, de sa voix lancinante dans nos oreilles, de son haleine salée sur nos lèvres. Pas un geste d’homme ou de femme, dans ce pays, qui ne soit accompagné par le vent. Cheveux, robes, chemises, pantalons claquent dans le vent sur des corps nus. Le souffle marin pénètre nos vêtements, découvre nos poitrines givrées de sel. Nos âmes poreuses sont traversées de par en part. Le vent a toujours soufflé trop fort ici et ce qui est arrivé n’a été possible qu’à cause du vent qui entête et rend fou.

***
Kuessipan / Naomi Fontaine (2011)

Enfin un gros coup de cœur pour le roman de Naomi Fontaine. Un roman ou plutôt un poème en prose tant elle manie habilement une langue poétique, éclairante, magnifique, sur des sujets terribles.

Premier texte d’une jeune femme de 23 ans, c’est un livre bouleversant qui, à travers des chapitres courts et incisifs, nous fait découvrir le quotidien d’une réserve innue, dans ce qu’il a de beau et de tragique à la fois, entre tradition et modernité. Kuessipan est un mot innu signifiant « à toi » ou « à ton tour ». Ce texte, qui prend parfois les allures d’une litanie, évoque la Vie, avec grâce et sensibilité.

J’aimerais que vous la connaissiez, la fille au ventre rond. Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera après son copain qui l’aura trompée. Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches toute sa vie. Qui cherchera à travailler à l’âge de trente ans, qui finira son secondaire à trente-cinq, qui commencera à vivre trop tard, qui mourra trop tôt complètement épuisée et insatisfaite.

Bien sûr que j’ai menti, que j’ai mis un voile blanc sur ce qui est sale.

***

C’est en terminant cet article que je me rends que les quatre romans que j’ai sélectionnés offrent un magnifique panorama (non-exhaustif bien sûr) de la littérature québécoise : un classique historique, un géant contemporain (Tremblay), un contemporain magnifique et un peu de littérature autochtone. Les Canadiens-français du début du siècle, le joual, les villages, la ville et les réserves : là où tout s’est joué pour le Québec, et se joue encore parfois aujourd’hui. Quelques textes qui permettent de mieux comprendre cette nation complexe, dotée d’une littérature superbe et passionnante, que je ne lasse pas de découvrir. Tenez-vous donc prêts à en entendre encore parler !

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