Un Noël pas si joyeux avec Alexandre Jardin !

joyeux noelReçu grâce au partenariat avec Le Livre de Poche

Après ses aveux sur le passé collaborationniste de son grand-père dans Des gens très bien, Alexandre Jardin s’inspire ici du témoignage d’une jeune femme venue lui révéler l’histoire de sa famille, des Impensables qui n’ont connu aucune limite dans leur vie, et à laquelle elle a résisté il y a 7 ans, se faisant bannir … Elle invite Jardin à assister à l’enterrement de sa grand-mère, qui sera le point d’orgue à la folie de la famille. « Je sentis alors combien nous habitons nos secrets de famille avant de les voir avec un peu de netteté […] Chaque lignage semble posséder sa part d' »angles morts ». Sans doute sont-ils même le meilleur ciment de nos clans, tout en les détruisant. »

Jardin commence d’abord à nous parler de lui-même, puis il présente chaque personnage de la famille : tous sont incestueux, sexuellement dérangés, battent leur femme, etc.  Norma, la jeune fille qui se détache du reste, veut parvenir au déballage des secrets familiaux, pour aboutir à une vie « sans angle mort. » Elle continue d’ailleurs la tradition de son grand-père en rédigeant un carnet où les pages de droite sont les mensonges de sa vie quotidienne, et sur la page de gauche, la vérité. Son objectif est d’arriver à ne plus avoir que des pages de gauche, à être totalement clean dans son comportement, et d’inciter sa famille à faire de même. A vivre vrai, enfin.

Le dernier Noël en famille va être l’occasion du grand déballage …

Il n’y a pas à dire : c’est original. J’ai gardé les yeux écarquillés tout le long du livre tant l’existence de cette famille, perdue sur son îlot breton, semble impensable … « Vivre, pour ces gens-là, c’était exagérer. Et vaincre la normalité, en concassant les habitudes. »

Mais je n’ai pu m’empêcher d’être agacée par le comportement intrusif de l’auteur, qui nous raconte une partie de sa vie, qui déballe son propre carnet de vérités à la fin avec sa carte d’identité, sa feuille d’imposition, etc. C’est là que j’ai dit « Stop » ! C’est là que je me suis dit que décidément, l’autofiction ce n’est vraiment pas pour moi, n’y voyant qu’un narcissisme primaire exacerbé qui s’épanche sur des pages et des pages, tenant le lecteur en otage et donnant l’impression non pas de tenir un roman mais de lire Closer (parfois). Ici c’est un peu le cas même si cela reste raisonnable, mais c’est déjà trop pour moi. De la vérité au voyeurisme, il n’y a souvent qu’un pas …

De même, le récit de Jardin est toujours dans l’excès : il ne mâche pas ses mots, n’hésitant pas à tomber dans le vulgaire, le scabreux, finissant par m’écœurer et échouant dans son but qui était que le lecteur sorte en voulant vivre également dans la vérité. Il aurait mieux fallu qu’il reste dans la fable. Mais le retour à sa feuille d’impôts est de trop …

J’ai donc certes été intéressée par ce processus qui incite à accepter toutes les vérités : la fin est bonne quand tous les habitants de l’île se mettent à tout dévoiler sans pudeur … Mais c’est de la fiction : personne n’accepterait de laver son linge sale face à tout le monde car cela détruirait simplement toute possibilité de vie en société. Le déni rend fou, mais la vérité brute aussi … Certaines choses doivent rester cachées ou être dites d’une certaine manière … Ensuite, en ce qui concerne les secrets familiaux, c’est autre chose : le courage doit être énorme, mais si cela permet aux membres de la famille de se sentir mieux, pourquoi pas, après tout ? Mais ne les déballez pas devant tout le monde ! Je déteste les confessions, les récits de vie qui expliquent qu’une telle a été violée, qu’un autre a été battu. Des confessions qui n’apportent rien à personne – si ce n’est un soulagement sur le moment de la part de celui qui écrit, peut-être – et qui me font ressentir le même malaise que face à la rubrique ‘Faits divers’ d’un journal gratuit : impuissance, mal être, qui n’avancent aucunement le schmilblick …

En bref, une lecture en demi-teinte, due à une provocation constante assumée, un excès de tout, de mots, de confessions, d’actes vulgaires, qui me conforte dans l’idée que la littérature contemporaine franco-française n’est pas pour moi …

11 commentaires

  1. Alexandre Jardin est toujours dans l’excès ! 🙂 Je ne sais pas si tu as lu d’autres livres de lui mais il y en a des excellents ! (mademoiselle liberté, les coloriés pour ne citer qu’eux)
    J’irais fouiner du côté de ce livre malgré tout, non pas pour le voyeurisme mais parce que cette écriture de récit de vie me plaît plutôt bien et je me sers de certains de ses livres dans l’exercice de ma (future) profession. Certaines personnes ont besoin de lire certaines choses, à certains moments de leur vie (ça fait beaucoup de certains haha)

    1. Oui j’ai cru comprendre que ce genre de livre était propre à l’auteur …
      J’avoue que j’ai dû mal à l’appréhender, mais oui des gens y trouve leur compte : tous les goûts sont dans la nature ! Pour ma part, je les fuis comme la peste car ce n’est pas ce que je cherche dans la littérature …

  2. Je n’avais pas entendu du bien de ce livre donc je ne suis pas vraiment surprise par ton avis. Laver son linge en famille, certes, mais comme tu le dis il n’est pas nécessaire de rendre la grande lessive publique !

  3. J’ai lu certains de ses livres, j’ai vu son film « Fanfan ». C’est vrai qu’il est dans la démesure très souvent. Dans le rire et le jeu… Cependant, même si le déballage de la vie intime fait beaucoup la une des couvertures de livre de ses dernières années, je n’irais pas jusqu’à dire que cela n’apporte rien à personne. Il se peut que parfois cela aide des personnes à sortir de ténèbres très profondes. Faire bonne figure en permanence n’est pas non plus idéal, surtout lorsqu’au fond tout part en vrille. Il y aurait beaucoup à dire sur cette littérature si présente actuellement. Mais merci pour ton article, en tout cas il pose des questions et ne laisse pas indifférent.

    1. J’ai relevé bien sûr son originalité, et le fait qu’il pose des questions : il tape là où ça fait mal …
      Après je ne me sens pas concernée, c’est peut-être pour ça que j’ai du mal à m’y identifier … ça ne m’apporte rien à moi, ensuite chacun y trouve son compte bien sûr … 🙂

Répondre à zazy Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.