Où je vous emmène Loin de Chandigarh avec Tarun J. Tejpal (2005)

L’auteur

Tarun Jit Tejpal est un célèbre journaliste d’investigation indien, fondateur de l’hebdomadaire d’actualités Tehelka et éditeur du Dieu des petits riens d’Arundhati Roy. Engagé dans l’opposition, il a dénoncé des malversations au sein du gouvernement indien en 2001 (menacé de mort, il a vécu sous protection plusieurs années).

Il a écrit pour plusieurs journaux internationaux : The Paris Review, The Guardian, The Financial Times et Prospect. Loin de Chandigarh, son premier livre, a été un succès mondial et salué par VS Naipaul. L’Histoire de mes assassins, son second roman, est paru aux éditions Buchet-Chastel en septembre 2009.

Le livre

L’Inde du Nord à la fin des années 1990. Un journaliste et sa femme, Fizz, partagent, depuis quinze ans, une intense passion, très sensuelle, très charnelle. Jusqu’au jour où, dans leur maison accrochée aux contreforts de l’Himalaya, le narrateur découvre soixante-quatre épais carnets, le journal intime et impudique d’une Américaine, Catherine – ancienne propriétaire des lieux -, dont la lecture va peu à peu détruire son couple.

Ce que j’en ai pensé

« The Alchemy of Desire », c’est vrai que le titre en anglais est plus beau. Mais c’est vrai aussi que c’est le titre en français qui m’a attiré. Je ne l’aurai pas emprunté en anglais … En effet, vous allez vite comprendre (promis ce ne sera pas long), que c’est un véritable coup de griffe pour moi que ce roman là, lu en 2 mois, torture du soir, car quand même, je déteste abandonner des livres avant la fin, surtout une fois que j’en ai lu 300 pages … Et puis j’étais intriguée : c’est un best-seller mondial, et pourtant … et bien rien. Il m’a énervé d’un bout à l’autre.

Pour résumer, l’incipit c’est :

« L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe. « 

Et l’excipit :

« Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour … « 

En gros, 800 pages (tout de même !) pour nous faire cette démonstration. J’aurais pu lui dire au départ, cela m’aurait évité des heures de lecture fastidieuses …

Ceci étant dit, je passe au détail !

Je ne mets pas du tout en doute la qualité littéraire. Le style et le niveau de langue ne sont pas désagréables.

Il y a même quelques réflexions intéressantes sur la situation actuelle de l’Inde (mais beaucoup moins que je ne le pensais, ce qui m’a déçu) : par exemple : « L’Inde avait perdu son innocence. Le terrorisme des années 80 nous avait dépouillés de notre suffisance et le lustre prestigieux que nous tirions depuis 3 décennies d’avoir expulsé les Anglais avec une superbe dignité s’estompait rapidement. »

Ou encore quelques attaques sur le mode de vie occidental et sa menace :

« Les journaux télévisés 24h/24 étaient une maladie occiendtale qui menaçait de submerger l’Orient. […] Elle provoquait des démangeaisons qui laisseraient une cicatrice indélébile sur notre sensibilité. »

Mais au final, tout le reste n’est que la description de la relation physique entre Fizz et le narrateur (il est vraiment trop fort, il la fait monter au 7e ciel au moins 5 fois par jour. Ou alors ce sont les fantasmes de l’auteur.) et puis la disparition de ce désir sexuel. Ensuite le récit des expériences sexuelles de l’Américaine qui a vécu 50 ans plus tôt au même endroit qu’eux. Et enfin les délires et fantasmes du narrateur. C’est un bon résumé, qui explique que ce roman m’a écœuré et que j’étais bien contente de le terminer (lu en diagonale vers la fin …).

Ah oui et puis également tout l’échec des tentatives d’écriture du journaliste, qui en fait un personnage moyen, raté, sans ambition, au point qu’on a envie de lui mettre des claques. Bref. Passons.

Je pense que tout le décalage entre mes attentes et ce que m’a apporté ce livre vient surtout que j’attendais un livre SUR l’Inde et qu’en réalité l’auteur a écrit un livre INDIEN (ce qui n’est pas surprenant mais bon …). Les personnages sont très proches de nous, très peu « orientaux ». Il a donc battu en brêche tous mes préjugés sur l’Inde, mais aussi c’est qu’il présente des individus d’un niveau social moyen, ni les riches maharajahs que l’on imagine, ni les dalits dépeints par Dominique Lapierre et Larry Collins. C’est donc peut-être un peu de ma faute.

Pour conclure, ce roman m’a déçu comme l’aurait fait n’importe quel roman européen que j’aurais pu lire : j’ai détesté les personnages, l’histoire était inintéressante, pour moi; et la morale ridicule. Bref, un fiasco littéraire, en lien avec mes goûts et mon ressenti de lectrice.

Quelques phrases savoureuses

« A quatorze ans l’innocence est un don. A quarante, c’est un désastre. »


« Les arts libéraux peuvent se révéler des torpilles contre l’autocratie, qui perforent sa coque avec des idées humanistes et égalitaires, et coulent son grand principe de gouvernance de droit divin. »

*

« Ce sont les amants qui ont besoin du talent de conteur. Ils ont besoin de se raconter des histoires en permanence pour s’empêcher de disparaître. »

« Je savais désormais qu’il n’existait pas de bibliocachot. Tout ce qui était écrit sincèrement vivait à jamais. Chaque mot vrai. Chaque histoire vraie. Il fallait trouver ses propres mots, sa propre histoire. »

***

Inde

7/80

11 commentaires

  1. C’est intéressant, moi jamais le narrateur ne jamais m’a énervée ! Et j’ai tout aimé dans ce livre !
    Si tu veux lire un romain indien, lis L’équilibre du monde, passionnant (et révoltant) !
    Ou Histoire de mes assassins du même auteur que Chandigarh 🙂

  2. Je suis Delphine, pour Histoire de mes assassins. Si tu cherches un roman sur l’Inde, tu frapperas à la bonne porte. Attention cependant, ce n’est pas tendre.

    Pour ce qui est de Loin de Chandigarh, c’est rigolo comme il divise les gens dans l’appréciation. J’avais été très sensible à son sens de la temporalité, il mérite qu’on s’y arrête.
    Après, l’érotisme, oui, mais comme toujours en la matière, la limite est ténue entre l’insipide et le savoureux.. (pas pour faire l’intéressant, mais je suis mille fois d’accord avec Julien Gracq, qui cite très à propos Shakespeare (Twelfth Night, I, 1) au sujet de l’érotisme, qui ne devrait que rarement dépasser le temps d’un regard ou de l’ébauche d’un geste ; « Enough, no more. ‘Tis not so sweet now as it was before »). Mais je n’avais pas été dérangé outre mesure, en l’occurrence..

    Cela dit, je voudrais faire justice au diptyque in/excipit : en anglais, on passe de « Love is not the greatest glue between two people. Sex is. » à « Sex is not the greatest glue between two people. Love… ». Pour le coup, la traductrice a fait une grosse bêtise. Parce que rajouter le verbe, c’est valider le terme de glue en même temps que le superlatif qui y est associé ; c’est respecter une antithèse, pour le coup, attendue ; c’est donner « la morale de cette histoire ».. c’est nier la portée des points de suspension, c’est tout foutre par terre, pardon, mais c’est ça..
    Comme si dans ces vers de clôture du recueil « The Whitsun Weddings » (Philip Larkin), on enlevait les « almost », la faute est la même… on manquerait tout ce qu’il peut y avoir de subtil, et de réellement SENTI.
    « Our almost-instinct almost true:
    What will survive of us is love. » (c’est dans « An Arundel Tomb » – que je ne recommanderai jamais assez)

    1. Oki, je lui laisserai une autre chance alors ! J’avais déjà spotté Histoire de mes assassins … mais pas tout de suite ! Pour moi, l’érotisme ici était vraiment too much, d’habitude ça ne me gêne pas comme tu dis, mais il y a une limite à ne pas dépasser.

      Quant à tes réflexions sur la traduction, c’est passionnant et ça montre bien qu’il faut essayer de lire le plus possible en VO …

  3. J’ai commencé ce livre mais j’ai arrête au bout de quelques pages, la raison ne me revient pas pas (mais je pense recommencer un jour).
    Je comprend ta déception sur ce livre qui ne t’a pas offert l’Inde que tu voulais.
    La littérature indienne traduite en France est quasiment qu’une littérature écrite en anglais (donc par des gens plutôt occidentalisés ayant vécu et/ou étudié dans ledit Occident). Je ne sais pas si la littérature indienne en langues vernaculaires vaut le coup d’être connu et traduite puisque j’ai lu des avis contradictoires à ce sujet.

    Si tu veux renouer avec la littérature de ce pays, je te conseille de lire les bouquins de Rabîndranâth Tagore. C’était un poète, un écrivain, un essayiste et un compositeur de chansons originaire du Bengale. Également le premier prix Nobel de littérature non-occidental. En Inde et au Bangladesh c’est une icône culturelle et politique incontournable, un ardent défenseur de la cause indépendantiste (dommage, il meurt en 41). Les hymnes nationaux de l’Inde et du Bangladesh sont de sa plume par exemple.

    J’aime beaucoup ses romans (il a écrit davantage de nouvelles, mais j’aime pas les nouvelles). Pour le coup, c’est un retour saisissant au Calcutta du début du XXème siècle au temps des premiers mouvements indépendantistes. Cela se déroule souvent dans les familles aristocrates et cultivés de la ville. Ce qui est fort , c’est de mettre en lien les tensions domestiques (entre les enfants et parents, entre hommes et femmes) avec le climat politique de l’époque. Et puis c’est merveilleusement bien écrit (c’est en en bengali en VO).

    Je te conseille ainsi « La maison et le monde ». Magistral. Il parait qu’il y a une adaptation de Satyajit Ray mais je ne l’ai pas vu.

  4. Ah voilà qui me rassure ! Je suis en train de le lire péniblement ! J’en suis à la moitié après un peu plus d’une semaine de pénible lecture. Je m’ennuie à mourir et comme toi, je n’arrive pas à abandonner un livre en cours. A près de 400 pages, toujours rien de cette histoire de carnets dont on parle dans la quatrième de couverture, j’avoue avoir du mal à poursuivre mais en même temps, je n’aime pas lâcher un livre ! Je vois que je ne suis pas la seule à avoir ressenti cet ennui. Je me sens moins seule !

  5. Les scènes de sexe m’avaient saoulée, j’ai fini par lire en diagonale pour arriver à ces fameux carnets.
    Il me reste du roman des aperçus intéressants sur l’Inde (paysages et vie urbaine), mais c’est tout.

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