Train de nuit pour Lisbonne (2006) / Pascal Mercier

L’auteur

De son vrai nom, Peter Bieri est né à Berne, et a occupé la chaire de philosophie des langues à l’Université de cette ville de 1993 à 2007. Mais le grand public le connaît surtout pour ses romans, dont 3 seulement ont été traduits en français (L’accordeur de pianos, Train de nuit et Léa).

Le livre

Raimund Gregorius, professeur passionné de grec et de latin, voit un jour sa vie basculer par l’apparition simultanée dans sa vie d’une mystérieuse inconnue portugaise et d’un livre portugais, écrit par un tout aussi mystérieux auteur. Du jour au lendemain, tous les fondements de sa vie sont remis en cause dans un enchaînement de petits séismes qui vont le conduire dans un Train de nuit pour Lisbonne

Ce que j’en ai pensé

Difficile de parler de ce livre qui m’a profondément bouleversée. Lorsque je l’ai terminé, il était constellé de post-it, j’avais pris des notes de partout et je me suis sentie perdue … comme lorsqu’on a été immergée dans un monde pendant des mois (ici pendant des jours) et que d’un seul coup on retourne à son univers initial. J’ai dû attendre quelques semaines avant de pouvoir parler de cette œuvre, qui est pour moi un chef d’œuvre et à mille lieues de la littérature contemporaine aseptisée qui nous assaille à tous les coins de librairie.

C’est un véritable essai philosophique que nous propose l’auteur ici, mais déguisé en roman ! … et à ma grande surprise, ça passe très bien … Car cette philosophie est inscrite au cœur même de l’expérience du personnage et non pas assénée comme une vérité universelle. Elle est intimement liée à l’évolution de Gregorius au cours du récit qui l’amène de plus en plus loin dans la connaissance à la fois d‘Amadeu Prado, l’auteur du livre, et de lui-même. Comme il le dit, "était-il possible que le meilleur chemin pour s’assurer de soi-même passât par la connaissance et la compréhension d’un autre ?"

Partant à la recherche de l’auteur de ce livre mystérieux, qu’il traduit petit à petit tout au long du récit, cette recherche prend rapidement la forme de rencontres phares avec les personnages de la vie de Prado, qui chacun à leur façon vont influer sur la propre vie de Gregorius.

Mais au-delà de cette histoire qui m’a absorbée toute entière, je me suis surtout sentie très proche de Gregorius, comme si moi-même j’apprenais à mieux me connaître. Des passages entiers du "livre de Prado" m’ont semblé extrêmement justes et ont une telle résonance dans la vie réelle qu’on ne peut pas y être indifférent. Les thèmes abordés sont très variés, comme la palette de pensées d’un homme complexe et profond : la vie, la mort, le langage, la religion, etc.

Je ne résiste pas à l’envie de vous donner un exemple :

"NOBLESSE SILENCIEUSE. C’est une erreur de croire que les moments décisifs d’une vie, lors desquels sa direction habituelle change pour toujours, devraient être bruyamment et crûment dramatiques, sur fonds de violents bouillonnements intérieurs. C’est là une légende kitsch, que des journalistes avinés, des cinéastes intoxiqués de flashes et des écrivains qui ont dans le cerveau une gazette de boulevard ont lancée dans le monde. En vérité, le drame d’une expérience qui détermine la vie est souvent d’une incroyable douceur. Elle est si peu apparentée à la détonation, au jet de flamme et à l’éruption volcanique, cette expérience, qu’à l’instant où elle est vécue, elle passe souvent inaperçue. Quand elle déploie son effet révolutionnaire et fait en sorte qu’une vie soit plongée dans une toute nouvelle lumière et reçoive une toute nouvelle mélodie, elle procède sans bruit et dans cette merveilleuse absence de bruit réside sa noblesse particulière."

Vous remarquerez au passage un style extrêmement soigné, très riche et d’une grande profondeur. Le roman est donc émaillé de ces soi-disant traductions qui nous amènent à mieux connaître Prado, un homme d’une grande richesse intérieure, d’une grande intelligence et intégrité qui fut pourtant un écorché toute sa vie.

Bref, le genre de livre qui marque, dont il faudrait toujours avoir le volume sur sa table de chevet, et que je veux absolument faire découvrir. Certes, certains pourront dire que c’est lent, que c’est répétitif. Mais justement ce n’est pas un livre qu’on lit pour l’action mais bien pour la lenteur qu’il impose et permet, il laisse le temps de la réflexion, dont on a un besoin extrême dans notre société aujourd’hui. Un livre qui exige beaucoup du lecteur, mais qui lui offre autant … A découvrir !

" La vie n’est pas ce que nous vivons ; elle est ce que nous imaginons vivre "

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6 réponses à “Train de nuit pour Lisbonne (2006) / Pascal Mercier

    • Mince, moi qui me faisait un plaisir de replonger dans la belle écriture de Pascal Mercier avec l’Accordeur de piano … bon je verrai si je teste quand même … merci pour votre avis ! :=)

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